Joëlle LE GALL - FNAPAEF Assises de l'UNIOPSS - 25 11 08 Le Plan Solidarité Grand Age ---------------------------------------------- La FNAPAEF a été créée en Mars 2005 et rassemble aujourd'hui 25 associations réparties sur le territoire national. Mais ça fait plus de 15 ans qu'on tire les sonnettes d'alarme sur le retard pris en France face au vieillissement de la population, les choses vont beaucoup trop lentement. Quelques rappels: Pour nous Familles la loi 2002- 2 était un virage important. Elle avait pour vocation de placer les droits des usagers au coeur de l’action sociale et médico- sociale. En effet, le dispositif antérieur était quasiment muet sur la place de l’usager. 2003, le Plan Vieillissement et Solidarité (plan Raffarin) suite à la tragédie de la canicule aurait pu être une avancée, mais dès sa publication il traduisait des inquiétudes pour sa mise en oeuvre et certains disaient déjà à l'époque que le financement de ce plan serait une opération blanche voir une gigantesque supercherie. Le Plan Solidarité Grand Age En 2006 la FNAPAEF a salué ce Plan qui répondait à nos demandes et devait compenser les insuffisances du plan précédent. Philippe BAS pointait à la fois le manque de personnel, de formation, le coût trop élevé des établissements, le reste à charge beaucoup trop lourd pour les familles et le reste à vivre très insuffisant. Ce Plan annonçait la création de 5.000 places en maison de retraite par an et le renforcement des services de soins infirmiers à domicile (6.000 places par an au début, puis 7.000 places par an ensuite). Les places d'hospitalisation à domicile devaient passer de 8.000 en 2006 à 15.000 à la fin du plan. Ce plan, évalué à 2,3 milliards d'euros sur cinq ans, sera financé en partie par la journée de solidarité, et pour l'essentiel par l'assurance-maladie. Pourquoi ce Plan ? • Parce que nous vivons une révolution : celle de la longévité. • Parce que nous devons nous préparer à cette mutation. Alors que le nombre de personnes de plus de 85 ans est resté stable entre 1995 et 2005, il va quasiment doubler dans les dix prochaines années, passant de 1 100 000 personnes en 2005 à 1 900 000 en 2015. •Parce que le nombre de personnes dépendantes va augmenter. • Parce que la charge de la dépendance pèse sur les familles. Avoir un proche dépendant à charge, c’est lui consacrer tout son temps, son énergie, ses ressources financières. C’est porter un fardeau affectif et psychologique. 26% des personnes les plus dépendantes sont prises en charge exclusivement par un proche. Nous devons aider ces aidants familiaux . • Parce que les personnes âgées veulent pouvoir rester chez elles. • Parce qu’aujourd’hui, le mode de prise en charge des personnes âgées est trop binaire, entre maintien à domicile et hébergement en établissement. • Parce que la continuité de la prise en charge entre le domicile, l’hôpital et l’établissement n’est pas assez organisée. Il existe une rupture entre la prise en charge sanitaire et médico-sociale. Ce manque de coordination entraîne une augmentation de la durée moyenne du séjour hospitalier d’une personne âgée. Il existe également des ruptures entre le domicile et la prise en charge en établissement. Il faut offrir une continuité dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes. • Parce que l’organisation des soins ne prend pas suffisamment en compte les besoins des personnes âgées fragiles. A l’hôpital, le patient âgé peut être mal orienté, faute de prise en charge gériatrique spécifique, alors que les personnes âgées représentent 70% des admissions en urgence. Cette absence augmente l’attente aux urgences, le risque de déstabilisation de la personne âgée, de perte définitive d’autonomie. Et cela provoque des ré-hospitalisations nombreuses et l’accroissement du taux de placement en maison de retraite médicalisée. • Parce que les prix de journée dans les établissements ne doivent pas être trop élevés, afin que toutes les personnes âgées puissent entrer en maison de retraite si elles le souhaitent. En gros parce qu'on a accumulé 30 ans de retard, que nous n'avons pas su prévoir le vieillissement de la population et que nous nous prenons cette évidence tel un boomerang en pleine figure. Si nous étions plein d'espoir à l'annonce de ce plan, au fil des mois et des années, nous avons vite déchanté. POURQUOI ? Le Plan appelle en 2006 une réforme en cinq grands axes 1er axe : Donner aux personnes âgées le libre choix 2ème axe : Inventer la maison de retraite de demain 3ème axe : Adapter l'hôpital aux personnes âgées 4ème axe : Assurer pour l'avenir le financement solidaire de la dépendance 5ème axe : Insuffler une nouvelle dynamique à la recherche et à la prévention 1er Axe - Donner aux personnes âgées le libre choix de rester chez elles : en développant les services de soins et d'aide à domicile ; en soutenant davantage les aidants familiaux ; en assurant une continuité entre domicile et maison de retraite. Pouvoir être soigné à la maison. Le libre choix. En novembre 2008 on n'a pas le choix de son lieu de vie, on fait avec une APA très insuffisante, en fonction de ses revenus, son patrimoine quand on en a un, l'aide de ses enfants et même de ses petits enfants, et pour certains on reste chez soi en grande solitude refusant de pénaliser sa famille. Pour d'autres on va en établissement, là où il y a de la place, là où nos finances nous le permettent, là où l'on veut bien nous accueillir. Les aidants familiaux sont usés, les conjoints aidants partent dans leur tombe avant celui qui est en perte d'autonomie, les enfants aidants vivent des cas de divorce, et que dire des familles recomposées qui ont de nombreuses personnes âgées à charge. Avoir plus de services à domicile, créer un droit au répit pour les aidants familiaux Pour avoir plus de services à domicile il faut en avoir les moyens, ça n'est pas avec les 92 heures, en moyenne par mois, financées par l'APA, ce qui représente le maximum donné à une personne en grande perte d'autonomie que sera réglé le problème de l'aide au répit de l'aidant et du libre choix. (Quelques rares départements sont plus généreux mais d'autres moins, ce qui accentue l'inégalité territoriale de l'APA) Créer de nouvelles formes de logement Accueil de jour, accueil de nuit, petites unités tant réclamées..... Oui ça commence à poindre à l'horizon, on peut y trouver des solutions qui améliorent le quotidien. On peut aménager un lieu de vie, déménager pour aller dans un appartement conçu et adapté au handicap, il y a à ce niveau de nombreuses recherches intéressantes mais encore insuffisantes, mais là aussi se pose le problème du coût et si nous parlons de choix il faut demander aux Français ce qu'ils attendent et ce qu'ils souhaitent. Malheureusement aujourd'hui rares sont les jeunes retraités qui s'épanchent sur le sujet et sont prêts à engager une réflexion. On veut vivre vieux et en bonne santé, c'est le leitmotiv. 2ème Axe - Inventer la maison de retraite de demain et permettre aux personnes âgées vulnérables de mieux y vivre, en augmentant le nombre de soignants, en améliorant la qualité de vie, en maîtrisant les prix. Le plan appelle des ratios de 1 pour 1 pour les personnes très handicapées et une moyenne de 0,8 pour les autres. Dominique de VILLEPIN a annoncé le plan sur cinq ans, 2007 à 2011. Tant que François FILLON n'a pas désavoué ce plan, les établissements doivent tous avoir au minimum des ratios de 0,8 en 2011. A ce sujet: l'AD-PA et la FNAPAEF ont déposé dernièrement un recours devant le Conseil d'Etat contre l'arrêté de juillet 2008 qui prévoit de diminuer les moyens de certains établissements. J'en profite pour rappeler que l'AD-PA et la FNAPAEF se sont rapprochés pour créer l'AVVEC (Association Vivre et Vieillir Ensemble en Citoyens) le 11 avril 2005. Dans un souhait commun de travailler coude à coude et non pas face à face. Aujourd'hui les personnes âgées rentrent en établissement lorsque leur perte d'autonomie ne leur permet plus de rester à leur domicile. Age moyen 85 ans Les familles ne demandent pas un accompagnement surréaliste : Des toilettes journalières dignes de ce nom, une douche au moins une fois par semaine pour ceux qui le souhaitent, des dents et appareils dentaires entretenues, des appareils auditifs mis en place, des lunettes nettoyées, des ongles coupés et entretenus, éviter de rendre les résidents incontinents en leur mettant des protections faute de temps pour les accompagner aux toilettes, des repas donnés dans de bonnes conditions avec des mets appétissants et variés et pas forcément de la semoule tous les soirs, mettre en place un environnement humain et des moyens afin de rompre la solitude et l'isolement et une chambre suffisamment grande pour y mettre quelques affaires personnelles afin de recréer son lieu de vie. Pour maintenir l'autonomie : des ergothérapeutes, des kinésithérapeutes, des orthophonistes des psychologues, une animation et une animation soin, du personnel suffisant et suffisamment formé 7 jours sur 7. Aujourd'hui les week-end sont les journées de tous les dangers. Si la prise en charge de la petite enfance était à l'image de la prise en charge de nos personnes âgées handicapées, la France serait en révolution. Alors Madame la Ministre quand vous vous offusquez lorsque nous avançons que 70% d'établissements sont mis aujourd'hui dans des situations de maltraitance bien malgré eux, NOUS, nous attendons de votre part autre chose qu'une politique de sanction. DES MOYENS Le plan appelle plus de personnel soignant auprès des personnes âgées. Le ratio moyen actuellement tourne, en étant optimiste, autour de 0,5 personnel pour 1 résident. Oui effectivement c'est un peu mieux qu'en 2005, mais tellement loin des promesses et des besoins. Le personnel doit être formé à l'accompagnement de la population qui arrive en établissement de plus en plus handicapée physiquement et psychiquement. Nous demandons des aides soignantes en nombre suffisant imputées en totalité sur le soin, des infirmières en nombre suffisant, le poste d'infirmière de nuit est toujours refusé par les DDASS. S'il y a souci, après 18 ou 19 heures, panique, on ne trouve plus le médecin traitant, l'aide soignante ne peut évaluer la gravité, on appelle les pompiers, le SAMU, non seulement c'est traumatisant pour le résident mais où sont les économies ? Le plan veut éviter les ruptures de prise en charge entre domicile et maison de retraite. Le plan a raison. Quel confort et quel progrès cette mesure apporterait ! Les CLICs de niveau 3 devraient pouvoir répondre en partie à ce besoin, mais trop peu nombreux et mal financés. Il faudrait auprès d'une personne âgée fragilisée un référent médico social qui l'accompagne tout au long de l'évolution de son parcours. CLIC : centre local d'information et de coordination gérontologique Mettre en oeuvre un plan de recrutement et de formation des métiers du grand âge. Oui un plan de formation et de revalorisation des métiers est mis en route, les moyens suivront-ils ? Cela contribuerait également à relancer l'économie. Lutter contre la maltraitance Pour lutter contre la maltraitance il faut avoir donné les moyens d'appliquer la bientraitance, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Ce n'est pas un numéro vert qui règlera le problème. Ce ne sont pas les personnels qui sont maltraitants mais le système dans lequel ils sont enfermés qui les conduit à la maltraitance. La culture de sanction qui semble être la réponse du gouvernement actuel n'est pas acceptable. Développer une démarche qualité et une culture d'évaluation. Oui mais Le discours des pouvoirs publics est plutôt centré sur la meilleure utilisation des enveloppes, comment faire le moins de mécontents possibles tout en donnant le moins d'argent possible. Nous pouvons parler ici de maltraitance financière. Les bonnes pratiques appelées par la démarche qualité se font trop attendre. Maîtriser le prix payé par les personnes âgées en Etablissement. Aujourd'hui le coût d'un établissement, supporté par le résident et sa famille, est en moyenne de 1700 euros par mois (en Ile de France cela peut aller de 2500 à 3000 euros et plus par mois) face à des retraites de 1100 euros en moyenne par mois et un nombre croissant surtout de femmes âgées dont les retraites sont à peine au dessus du minimum vieillesse mais qui n'ont pas forcément accès à l'aide sociale. Nous subissons en moyenne depuis 2000 des augmentations de 5 à 6% par an sur le tarif hébergement. Si ce phénomène s'accentue on va doubler entre 12 et 15 ans le coût de l'hébergement, face à des retraites qui stagnent, avec des augmentations autour de 1,5 à 2% par an. Avec l’inflation soutenue des tarifs hébergements de ces dix dernières années le reste à charge est trop lourd et il entraîne un reste à vivre du conjoint qui l'entraîne vers la misère. Poursuivre l'effort de création de places dans toute la France. Nous demandons au gouvernement la transparence des places créées par rapport aux places annoncées. Exemple du Finistère 630 places appelées en 2002, 436 places créées en 2008. Aujourd'hui, personne ne veut clairement définir le rôle de l'EHPAD, alors question : A qui est réservé l'EHPAD d'aujourd'hui Quel sera le rôle de l'EHPAD de demain et pour qui ? 3ème Axe - Adapter l'hôpital aux personnes âgées, en développant la filière gériatrique et en resserrant des liens tant avec le domicile qu'avec la maison de retraite. Développer la médecine gériatrique et resserrer les liens entre le domicile, la maison de retraite et l'hôpital. La filière gériatrique tout le monde en parle mais nous la cherchons toujours. En dehors d'innovations très ponctuelles et trop peu nombreuses qui ont le mérite d'exister et qui peuvent servir d'exemple de quoi parlons nous ? Mais la France manque de Gériatres... Nous demandons des équipes mobiles gériatriques qui se déplacent vers les établissements, nous demandons des urgences gériatriques dans les hôpitaux et des services gériatriques avec un nombre de places suffisantes. Nous demandons que l'HAD se développe à domicile mais aussi dans les EHPAD. 4ème Axe - Assurer pour l'avenir le financement solidaire de la dépendance, afin de garantir un haut niveau de protection sociale face à la dépendance. C'est le sujet de la table ronde qui suit, nous aurons toutes les informations sur cette question qui fait débat depuis plusieurs mois, grâce aux compétences en la matière des personnalités qui vont l'animer. La FNAPAEF attend beaucoup du financement solidaire de la dépendance et réaffirme régulièrement ses positions auprès du gouvernement, des députés, des sénateurs. 5ème Axe - Insuffler une nouvelle dynamique à la recherche et à la prévention. Proposer systématiquement une consultation gratuite de prévention à 70 ans. Lancer un grand programme de recherche sur les maladies du grand âge. Mon conseil : Dans l'attente des résultats je vous en conjure Inscrivez lisiblement dans votre testament que vous voulez mourir en bonne santé dans votre lit à 110 ans. A l'heure où l'on fabrique des bébés éprouvettes, je ne vois pas pourquoi nous les VIEUX, on ne peut pas demander à la science de nous permettre de mourir tous en bonne santé et dans le lit qu'on s'est choisi. C'est ça l'avenir. Pour redevenir sérieux, Dès lors que le gouvernement a validé la totalité des dispositions à prendre pour assurer une prise en charge de qualité aux personnes fragilisées, ce qui était le cas du Plan Solidarité Grand Age, le gouvernement se doit de véhiculer une ambition de santé publique et de répondre au financement d'un plan qui sert de référence. C'est un enjeu national. Nous avons beaucoup de difficultés fin 2008, Familles et Personnes Agées, à nous y retrouver entre les promesses et la réalité du terrain, les écrits ne suffisent plus. NOUS RECLAMONS DU CONCRET
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